ITW 🎤 3 questions à Ismael Suama

ismael

Ismael Suama est le guitariste de la nouvelle création du collectif "Jazz Racines", qui sera présentée le 12 juin à Toulouse.

Concert de sortie de résidence au JazzLab

19 rue des blanchers 31000 Toulouse

Tu prépares une création Jazz et Racines qui aura lieu au JazzLab. Peux-tu parler de cette création ?

C’est une commande de Troisième Face qui réunit des musiciens et musiciennes originaires des outremers : Irina pour Cuba, Henri pour La Réunion, Illyes pour l’Algérie, Curtis qui est d’origine camera-gabonaise et moi qui suis angolais. Nous apportons dans nos compositions des rythmes et des lignes mélodiques venus de nos racines. Les semba, massemba sont des musiques qui viennent de Luanda, la capitale et comportent aussi des éléments du littoral. On retrouve ces éléments dans la musique brésilienne, comme la samba et beaucoup d’autres musiques, parce que beaucoup d’Angolais ont été déportés au Brésil. Durant les dernières décennies de luttes anticoloniales en Angola, dans sa capitale Luanda les messages se transmettaient à travers la musique, réunis autour de la semba, rebita et massemba chantés en kimbundu, langue bantoue parlée dans la capitale.

Quant à la culture jazz, elle a piqué ma curiosité pour comprendre, théoriquement, la musique populaire et les métissages. Le jazz donne une grande liberté et permet le métissage. Dans cette créa, nous allons chacun chacune apporter des compositions personnelles qui seront interprétées par toustes. Et nous allons composer un morceau commun lors de la résidence. Pendant 4 jours nous allons travailler à ce projet ensemble.

 

Tu es guitariste. Comment es-tu devenu guitariste ?

Au début, en Angola, j’étais autodidacte. Puis, ici, j’ai intégré le département jazz du conservatoire de Montauban avec David Haudrechy où j’ai eu des cours de guitare avec Florent Hortal ainsi qu’à la fac de musicologie jazz (Université Toulouse Jean Jaurès) que j’ai intégrée plus tard. Ces périodes sont très importantes dans ma vie de musicien. J’avais découvert le jazz en Angola, à la radio et à la télé. Quand j’étais petit je ne savais pas que c’était du jazz, mais je reconnaissais cette musique avec les instruments, comme le saxophone ou la contrebasse.

En Angola, la majorité de la population est chrétienne et joue de la musique à l’église. Je dirais que 95% des musiciens angolais et musiciennes angolaises commencent la musique dans les églises. Ce qui se produit aux États-Unis aussi pour les Afro-descendants d’ailleurs. En Angola, on joue à l’église même quand on ne sait pas jouer car on y apprend. Ce que j’ai fait. J’ai commencé avec des percussions et du chant choral. Mais j’aimais beaucoup le son de la guitare. J’ai un ancien souvenir : on regardait de la rumba congolaise et les guitares jouent très aiguës. Ça m’a attiré, j’étais curieux. La première fois que j’ai joué de la guitare c’était par curiosité, les premières notes ne sonnaient pas ! On m’a appris mes premières notes et j’ai vite joué des mélodies !

 

Et Troisième Face ?

J’ai connu le collectif en 2018 en écoutant des concerts. J’ai entendu des guitaristes, Cyril Bernhard, Leandro Lopez-Nussa et des bassistes, Éric Arrabuarrena et tant d’autres. De manière générale j’aime beaucoup ce qu’on fait ensemble, le collectif. J’ai été curieux de découvrir à Toulouse des musiciens et des musiciennes qui se sont motivé·e·s pour créer un collectif. Ce sont des compositeurs et compositrices. Et je suis passionné de composition et de création. Alors j’ai demandé à intégrer le collectif.

Propos recueillis par Marie-Françoise GOVIN