13 Mai ITW 🎤 3 questions à Joris Lecabel
Le collectif célèbre ses 9 ans à Toulouse avec trois rendez-vous inédits. Pour ouvrir cette série anniversaire, nous avons posé 3 questions à Joris Lecabel qui nous présente la soirée vocale du jeudi 21 mai au Taquin
Soirée vocale Troisième Face
23 Rue des Amidonniers 31000 Toulouse
Depuis plus d’un an, tu travailles à monter une soirée vocale avec des artistes de Troisième face. Pour quelles raisons ? comment s’est constituée l’équipe ? quels sont les types de voix ? Dans cette création, comment s’est construit le répertoire ?
Dans nos parcours de chanteurs et chanteuses, on se croise souvent sans réellement partager un espace commun. Cette création est née d’un désir simple : se retrouver, faire collectif, et mettre la voix au centre.
Avec Sophie Chamayou, tout a commencé autour d’un café, avec l’envie de créer une soirée entièrement dédiée à la voix, sans autre point d’appui que nos identités artistiques. On a ensuite ouvert la proposition au collectif Troisième Face. Le projet s’est construit progressivement, au fil des envies et des disponibilités de chacun·e. Au départ, nous étions plus nombreux·ses, mais la réalité des agendas et le cadre du Taquin nous ont amenés à resserrer la formation. Aujourd’hui, nous sommes cinq, avec une invitée.
Le point de départ artistique était clair : travailler uniquement à partir de la voix, et créer des ponts entre nos univers musicaux. Chaque artiste a proposé deux morceaux, qui ont ensuite été arrangés collectivement. Le répertoire mêle des arrangements originaux et des réappropriations de titres existants de Stevie Wonder à Camille en passant par Leila Martial ou Daniel Caesar.
Le groupe réunit :
- Jeanne Blanchon, ancrĂ©e dans une pop actuelle et sensibleÂ
- Alba Bermon, du groupe Mauna la Nuit, avec une esthĂ©tique pop contemporaineÂ
- Philippe Girard, issu de la soulÂ
- Sophie Chamayou, entre funk, soul et popÂ
- et moi-mĂŞme, avec une couleur jazz-pop-soul
Ce qui nous relie, c’est un socle commun autour de la pop, de la soul et du funk, avec des singularités qui viennent enrichir le projet.
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Peux-tu parler du travail de la voix ? quelle est ta formation ? dans quels groupes joues-tu ?
J’ai commencé le chant en autodidacte vers 16 ans, avant d’intégrer Music’Halle en 2010. C’est là que j’ai structuré ma pratique et acquis une vraie technique vocale, à travers une formation professionnelle de trois ans. J’y ai aussi fondé le groupe Watusi avec d’autres musiciens de l’école. Par la suite, j’ai poursuivi mon parcours au conservatoire, puis au CMDL (Centre des Musiques Didier Lockwood), ce qui m’a permis d’approfondir à la fois la technique et l’exigence artistique.
J’ai eu l’occasion de me produire avec différents projets, notamment Watusi, les Humanophones, FlaKes, et plus récemment une expérience en tant que choriste pour le chanteur sénégalais de pop-soul Faada Freddy. Aujourd’hui, je développe un projet personnel en français, à la croisée de la pop et de l’électro : Jorys Lecabel.
Mon rapport à la musique est aussi très lié à mon histoire personnelle : mon père était chanteur et guitariste dans les années 70, a notamment participé à la comédie musicale Hair avec Julien Clerc et a tenu un café-concert à Montauban dans les années 90 : Le Dali. J’ai grandi dans cet environnement musical. À l’origine, je me destinais plutôt au cinéma, puis la guitare et le chant ont pris le dessus.
À Music’Halle, j’ai notamment été marqué par le travail technique avec une ancienne chanteuse d’opéra, Michelle Zini, qui m’a transmis des bases techniques solides. Aujourd’hui, je suis à mon tour professeur de chant dans cette même école, une forme de continuité assez naturelle. Mes influences premières viennent des musiques afro-américaines : hip-hop, soul, jazz, même si aujourd’hui mon écoute s’est élargie vers une pop plus contemporaine.
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Tu es membre du conseil d’administration de Troisième Face et tu t’investis pour que vive et se développe le collectif. En outre, cette création se joue au Taquin, partenaire historique du collectif. Peux-tu expliquer ton engagement ? Que représentent pour toi Troisième Face et Le Taquin ?
Mon engagement dans Troisième Face est né d’un besoin de lien. En tant qu’artiste, on peut vite évoluer de manière assez isolée, et j’avais envie de me connecter davantage à la scène locale, de rencontrer d’autres musicien·ne·s autrement que de façon ponctuelle. Comme je ne fréquente pas beaucoup les jams, le collectif a été une manière concrète de créer ces espaces de rencontre. Il y a aussi une dimension plus politique au sens large : dans un contexte où la culture est fragilisée, je ressens le besoin de participer à une dynamique collective, de faire bouger les choses à l’échelle de Toulouse, et de ne pas rester seul face à ces enjeux. Troisième Face représente pour moi un espace de partage, d’entraide et de création. Un endroit où les initiatives peuvent émerger et se construire à plusieurs.
Le Taquin, de son côté, est un lieu avec lequel j’ai une histoire forte. J’ai connu le Mandala avant sa transformation et j’ai vu évoluer cet espace jusqu’à devenir ce qu’est aujourd’hui Le Taquin. C’est un lieu dans lequel j’ai joué à plusieurs reprises avec mes projets et avec lequel j’ai un attachement autant artistique qu’humain. Accueillir cette création et l’anniversaire de Troisième Face au Taquin, c’est à la fois symbolique et précieux : c’est un endroit qui incarne exactement les valeurs que l’on défend avec le collectif.
Propos recueillis par Marie-Françoise GOVIN